Cimetière ancien de Saint Jean Pied de Port

Réhabilitation de notre cimetière ancien

Bénévoles et mairie à pied d’œuvre

Les ancêtres de nombreuses familles saint-jeannaises sont enterrés au vieux cimetière dans 325 tombes du XIXe siècle. Ce site méconnu est remarquable du fait de son homogénéité dans l’espace et le temps. Depuis plusieurs années et après bien des péripéties, services municipaux et bénévoles de Terres de Navarre et de Lauburu sont à pied d’œuvre pour réhabiliter un site important du patrimoine saint-jeannais.

Dominé par une belle croix de fer au sommet de sa colonne de pierre, il s’agit d’un cimetière basque urbain construit par des habitants qui suivent des styles propres à notre province, tels que la fameuse croix bas-navarraise, mais avec des moyens économiques plus importants que dans les villages ruraux. Notre petite bourgeoisie a le souci de présenter quelques signes extérieurs de richesse…
La variété des monuments, de l’urne pleine aux caveaux classiques, en passant par 38 croix métalliques, 53 enclos ou grilles de protection, les rosaces très élaborées et les arbres de vie, les si émouvantes tombes de nouveaux-nés (sur 52 enfants de 0 à 15 ans, 26 ont moins de deux ans), les trois sculptures de croix de la légion d’honneur, font partie des curiosités de notre vieux cimetière. Il frappe par la qualité et la diversité des sculptures sur ses 193 croix bas-navarraises souvent antérieures à 1850, aux volutes harmonieuses. Taillées pour beaucoup dans le grès rose si répandu en Garazi, elles sont parfois d’une taille inégalée. Les dalles —126 au total— portent souvent des textes sentimentaux, un phénomène unique en Iparralde. Seules manquent à l’appel les croix de bois, toutes disparues.
Oeuvre des travailleurs de la pierre de Saint-Jean-Pied-de-Port et du pays de Cize, ce cimetière est un élément essentiel de l’histoire de la cité, de la vie et de la mémoire de ses habitants. L’inventaire des 441 personnes inhumées, dont l’activité est renseignée, indique : 33 militaires, 25 douaniers, 19 fonctionnaires, 53 commerçants et négociants, 79 artisans, 24 employés, 6 médecins non militaires, 3 pharmaciens, une cantatrice qui eut son heure de gloire et deux marins, 13 cultivateurs dont 8 vignerons, une benoîte. Quatre prêtres sont enterrés parmi leurs ouailles : comme il se doit et contrairement au commun des mortels, leurs tombes sont orientées vers l’est (Rome, Jérusalem). Ici, nous feuilletons en somme le bottin de Donibane Garazi voici deux siècles… Le cimetière accueille à égalité militaires, bourgeois, ecclésiastiques, commerçants, artisans et gens du peuple, alors qu’il écarte les simples soldats. Photographie sociale de Donibane Garazi au XIXe siècle, avec ses métiers, ses niveaux de fortunes, ses origines géographiques (1), ses classes sociales, ses mélanges de populations et leur diversité, il est à l’image d’un melting-pot d’individus enterrés en terre basque, expression de la porte ou du verrou que constitue Saint-Jean, sur un axe de circulation militaire, économique et religieux séculaire. Une certaine mondialisation était déjà en route.

La municipalité s’engage

Le site est resté à l’abandon durant des décennies. Ce fut à la fois son drame et sa chance. Bien que dégradé, au début des années 2000, il fait l’objet de la part de la municipalité d’une procédure de reprise de concessions et de deux demandes d’inscription à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques. Elles resteront à un refus. Puis les associations Lauburu et Terres de Navarre entament un gros travail d’inventaire avec photos et dessins de l’ensemble des monuments funéraires, assorti de recherches historiques et généalogiques. Lauburu recolle 18 croix cassées. Chaque mois depuis juillet 2022, les bénévoles de nos deux associations organisent des matinées d’entretien et de nettoyage du site. La mairie de Saint-Jean-Pied-de-Port s’implique fortement dans la restauration, suivant un plan d’action pluri-annuel élaboré avec les associations. Il concerne le renforcement d’un mur de soutènement, des plantations pour stabiliser les sols, l’étanchéité de la route qui surplombe le site, la restauration de caveaux menaçant ruine, etc. Toutes les tombes ne seront pas restaurées, car il convient aussi de laisser vivre et évoluer la poétique des ruines chère aux écrivains romantiques, elle fait partie du charme de ce cimetière. Les travaux vont se poursuivre et aboutiront demain à l’élaboration d’un parcours assorti d’une information, afin de faciliter les visites et de donner sens à cet ensemble ; tout en l’intégrant dans l’histoire de notre cité et de ses habitants. A cet égard, le travail de recherches généalogiques de Pantxika Sala apporte un éclairage irremplaçable.

Lors des Journées du patrimoine, Terres de Navarre organise des visites guidées. En 2025, a eu lieu une promenade littéraire sur des textes de Christian Bobin et du conteur basque Koldo Amestoy.

Vous pouvez participer de deux façons à ce projet de réhabilitation. En communiquant les informations dont vous disposez sur les défunts qui y sont enterrés (photos anciennes, actes d’état civil, anecdotes, généalogie, etc.). Pour cela, une adresse mail : hilerria@terresdenavarre.fr Ces indications nous seront très précieuses pour enrichir une base de données et les actions de valorisation et de médiation futures.
Venez vous aussi prendre part à nos matinées mensuelles d’entretien du vieux cimetière, en nous contactant via l’adresse mail. Nous y effectuerons ensemble des travaux de nettoyage, de déblaiement, de reconstitution et de réaménagement de sépultures. Les dates de ces matinées qui ont lieu le samedi vers la fin de chaque mois, sont annoncées dans le quotidien régional.
Bihar, gure hilharriak goizargira xut-xutik egonen dira, Euskaldunak bezala, jeiki denak lurpetik. Les vers prémonitoires du poète Iratzeder auront montré la voie.

Arnaud Duny-Pétré
Membre de Terres de Navarre et de Lauburu

(1) Les chiffres indiqués dans cet article évoluent au fur et à mesure des recherches. Sur 454 défunts dont le lieu naissance est connu, 383 sont nés dans le département, 73 hors département dont 12 hors de France : Argentine (1844, 1850), Chili (1906), Espagne (1774), Italie/Piémont (1757), Navarre (1830, 1847, 1865, 1867), Saint-Domingue (1768), Suisse (1797), Vietnam (1926), Un Italien dont le décret de naturalisation en 1820 a été retrouvé, fit sa carrière dans la gendarmerie.

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Vous trouverez ci-dessous le texte et les photos d’une exposition sur ce cimetière organisée en 2022. Elle présente un certain nombre de monuments parmi les plus emblématiques. Suivent quelques compte-rendus de nos matinées d’entretien du site.