Voir un choix de photos réalisées dans des conditions d’éclairages particulières est une chose. Aller sur les lieux, s’imprégner de son atmosphère est mieux. Nous vous invitons à faire cette démarche. Le « vieux cimetière » de Donibane Garazi est particulier du fait de l’état de quasi abandon qui est le sien. La poétique des ruines chère aux Romantiques, la proximité des montagnes qui l’entourent et des murailles, la lumière très différente selon les heures de la journée, tout cela suscite chez le promeneur des émotions inédites. Déambuler au lever du soleil parmi les tombes toutes orientées vers l’est, nous situe au cœur du cycle cosmique, du mystère de la résurrection et de l’éternel recommencement. Les voir en début d’après-midi, alors que l’éclairage solaire rasant fait parler les textes des tombes et ravive les couleurs des lichens, suscitera bien des découvertes. Les pierres sont alors comme autant de pièges à lumières. Autre ambiance le soir, entre chien et loup, vous y percevrez un écho baudelairien, celui du violon frémissant « comme un cœur qu’on afflige / Valse mélancolique et langoureux vertige», sous un «soleil noyé dans son sang qui se fige ».
Depuis des millénaires, de grands textes nous disent l’essentiel de notre humaine condition : « Vanité, vanité, tout est vanité et poursuite du vent », « Je suis sorti nu du ventre de ma mère, et je retournerai nu dans le sein de la terre ». Mais envers et contre tout, chaque cimetière témoigne du désir irrépressible qui pousse femmes et hommes à tenter de laisser une trace de leur passage ici-bas. Leur mémoire se prolonge quelque temps dans le récit des générations suivantes. La créativité, le monde de l’art se greffent là-dessus.
Rappel de notre finitude et de notre vulnérabilité, le vieux cimetière de Saint-Jean-Pied-de-Port fascine tout autant qu’il inquiète. Les vivants ferment les yeux des morts et les morts ouvrent les yeux des vivants. Pour ceux qui ont la chance d’être habités par la foi ou la transcendance, « ce doit être ici le relais où l’âme change de chevaux ».
Quant aux agnostiques et aux incroyants, eux aussi apprécieront ces pierres «où se dissimile et en même temps se livre un mystère plus lent, plus vaste et plus grave que le destin d’un espèce passagère. Elles n’ont même pas à attendre la mort, elles n’ont rien à faire que de laisser glisser sur leur surface le sable, l’averse ou le ressac, la tempête, le temps ».
« Comptes-rendus des travaux de la commission « Vieux cimetière ». Année 2023 » et la vidéo !
« Comptes-rendus des travaux de la commission « Vieux cimetière ». Année 2024 »
« Comptes-rendus des travaux de la commission « Vieux cimetière ». Année 2025 »
Pour en savoir plus sur l’art et les pratiques funéraires basques
Sur le rôle de la benoîte et de la femme dans les rituels funéraires basques, on lira avec profit différents articles dans https://bazkazane.blogspot.com/
Visiter le Centre d’interprétation de Larzabale (Larceveau) qui présente la remarquable collection sauvée par le Père Marcel Etchehandy, accompagnée d’une exposition et de films permettant de comprendre cet univers et les intentions de ceux qui l’ont créé. Pour y entrer, une clef magnétique est à retirer auprès de commerçants du village.
L’ouvrage de référence sur le sujet est Hil harriak, les stèles discoïdales et l’art funéraire basque, par Michel Duvert, Marcel Etchehandy, Jon Etcheverry-Ainchart et Claude Labat, Elkar, 190 p, 2004.
Un grand nombre d’articles publiés par Mikel Duvert et d’autres auteurs sont accessibles via le blog https://hilarriakeuskalherrian1.blogspot.com/
Sur les rites funéraires basques, voir :
Contribution à l’étude ethnographique de la mort en Pays Basque Nord, Mikel Duvert et dix autres auteurs, bourse Barandiaran, Anuario de Eusko-folklore n° 40, 264 p, 1996-97.
Données ethnographiques sur le vécu traditionnel de la mort par Mikel Duvert, http://www.aranzadi.eus/fileadmin/docs/Munibe/1990479489AA.pdf
